Avertir le modérateur

27/11/2009

L'effet papillon, d'Istanbul à Pont-à-Mousson

 

 

mustapha.jpg

Ce qui n’était à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) qu’un devoir d’histoire au départ s’est transformé en tourbillon médiatique en Turquie. Au cœur de cette délicate affaire diplomatique, le devoir d’un élève de 13 ans, Mustapha, pour qui le «génocide arménien est mérité». Une citation lourde de conséquences.

 

Début novembre, un battement d’ailes à Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle) a pratiquement donné lieu à une affaire d’état en Turquie. Derrière cette parfaite illustration de l’effet papillon se cache un collégien de 13 ans d’origine turque, Mustapha Dogan, scolarisé au collège Jacques-Marquette de la ville.


Le 12 novembre, il rend à son professeur d’histoire un devoir portant sur la période 1915-1916,  dans lequel il écrit que «le génocide arménien était mérité». Pis, il va jusqu’à souligner le mot «mérité», ce qui lui vaut une convocation chez le directeur de l’ établissement Francis Vignola. Verdict: une sanction à la fois disciplinaire et pédagogique, appelée mesure d’ «exclusion-inclusion». Deux jours durant, Mustapha Dogan n’assistera pas aux cours, mais devra en revanche disserter sur les notions de génocide et de mérite.


L’affaire prend une tournure nouvelle lorsque les parents du collégien se saisissent du dossier: contestant la punition infligée à leur fils, ils prennent contact avec une ONG : le Conseil de la jeunesse pluriculturelle (Cojep), dont le vice-président, Filip Veysel, tente d’établir une médiation entre les différents partis.


L’emballement médiatique qui s’ensuit en Turquie n’ira pas sans compliquer les choses : Mehmet Dogan, le père du collégien, fait part de la mésaventure de son fils à un journaliste turc. «Tout le reste des médias turcs a alors suivi l’affaire», raconte Filip Veysel, vice-président du Cojep à l’AFP, donnant parfois lieu à un certain «sensationnalisme», selon le responsable associatif. Déplacement de télévisions turques à Pont-à-Mousson, diffusion de la photo du jeune homme sur internet, réactions sur le blog fdesouches, proche de l’extrême droite française…La situation s’envenime.


Quelques semaines seulement après l’annonce par la Turquie et l’Arménie de leur volonté d’établir des relations bilatérales, l’affaire prend sans surprise une dimension diplomatique. L’ambassadeur de France en Turquie, ayant eu vent de l’affaire, demande des explications au Cojep, et le président de la Commission des droits de l’homme au Parlement turc écrit à l’Assemblée nationale française.


La question est d’autant plus épineuse que le Sénat français a reconnu le génocide arménien dans une loi datant de 1998. Cependant, le principal du collège Jacques Marquette affirme aujourd’hui que l’affaire est close, et que «la sanction a été comprise par l’élève et ses parents». Des réunions citoyennes ont été organisées avec l’ONG Cojep dès janvier 2010, afin «d’améliorer le vivre-ensemble» au sein de cet établissement scolaire.


Photo : Mustapha Dogan

Crédits photo : CNN turquie


Virginie BALLET

 

Pour en savoir plus :

Articles du figaro.fr sur le génocide arménien

Articles de courrierinternational.com sur la question

 


Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu